mercredi 25 avril 2007

La tente, comme la vie, c’est une histoire de choix !





Abandonnant pour un temps leur humeur philosophique, les Frozen Five se proposent, dans cette nouvelle série d’articles, de vous livrer quelques éléments d’informations pratiques sur leur vie de groupe, ou de l’importance de la tente dans la vie de l’explorateur arctique.

Car c’est bien là que tout se joue : dans la tente!

Qui parle avec qui? Qui utilise du “PBM”( un produit humidifiant supprimant les odeurs corporelles) ? Et pourquoi les deux jeunots de l’équipe n’ont trouvé la seconde entrée de leur tente que la semaine dernière ?

Commençons par André, le chien.
Qu’il neige ou qu’il vente, André garde le campement, à l’abri derrière le mur de neige que nous construisons chaque soir.

Ensuite, nos deux tentes :
“Roméo”, que nous appelions au début tente n°2, qui abrite Hella et ses deux mentors, Mats et Ulli.
Et enfin, la tente des jeunes, romantiquement baptisée « Juliette », qui héberge Lucas et Kim.

Nos deux maisons de tissu , prévues pour quatre personnes, avec deux entrées, nous assurent un espace de vie suffisant et une bonne protection contre les éléments.
De format cylindrique, avec deux arceaux , et un espace interne de vie fonctionnel, elles sont parfaitement adaptées à l’environnement arctique. Nous avons même un espace de rangement, et creusons un trou “cuisine” chaque soir dans l’abside.

Notre vie au quotidien dans la tente nous occupe énormément.

Par exemple, les tentes « Roméo » et « Juliette » ont chacune leur façon préférée de récupérer la neige et de la faire fondre pour boire et préparer la cuisine.

Le trio de “Roméo” installe son réchaud dans la pièce interieure de la tente, y faisant régner une température d’environ plus 15°C.

Au contraire, les garçons de « Juliette » ont choisi Nansen comme modèle : ils se font pousser la barbe pour développer l’isolation corporelle et laisse leur réchaud dans l’abside. Lucas fait le porridge du matin, et Kim est responsable du dîner le soir.



Comme le dit très justement Lucas : “ Nous passons deux tiers de l’expédition dans notre tente”…Vous comprenez pourquoi nous sommes si attachés à notre petit chez nous!

Les Frozen Five

mardi 24 avril 2007

sms de lucas

Avons atteint cap sud le 22 avril.Pour célébrer Ulli et moi ns sommes baignés dans trou au milieu banquise.bisous.lucas

lundi 23 avril 2007

Jour blanc


Un monde tout blanc, compact et blanc. Blanc comme du porridge.

Un monde sans point de repères, sans haut, ni bas, juste la trace de mes skis derrière moi.

Devant moi, tout est blanc. Il n’y a rien, ou peut-être tout?
Devant moi, un univers invisible.

Impossible de prédire ce qui va surgir devant, au prochain pas, je vais peut-être tout à coup devoir grimper ou glisser dans une pente.
Sans point de repères, le temps et l’espace disparaissent.
L’imagination prend le relais.

Est-ce une montagne devant moi ou une illusion de mon esprit?
Vers quoi est-ce que je me dirige ?
Mes yeux sont mobiles et cherchent désespérément un point précis sur lequel s’attarder mais il n’y a que du blanc, toujours du blanc.

Tout à coup, quelque chose, un petit point. Je le fixe avec difficulté, mais non, ce n’est rien. Juste une poussière sur le verre de mes lunettes de soleil.

Je poursuis ma route et commence à transpirer. C’est donc que ça monte puisque je transpire. Et là, au loin, je discerne les contours d’une montagne, enfin quelque chose sur lequel reposer un instant ses yeux et son esprit.
Mais la montagne disparaît.

A nouveau me voici dans le blanc total et je serais effrayé s’il n’y avait cette trace de skis derrière moi qui guide mes compagnons.

La trace que je laisse me pousse à avancer. Mais voici que Ulli, depuis l’arrière de la caravane, me prévient que je me suis trompé et m’indique la bonne direction. Je me suis encore écarté de notre route.
Je tourne mes skis et je repars, les yeux vissés sur le grand vide blanc. Les yeux aveuglés par le blanc, tournés en moi-même.

Je repars dans ce monde blanc avec pour seul repère ma propre imagination.

Encore un jour blanc, un jour aveugle.

Mats

“le jour blanc” désigne un type de temps où les nuages bas, les chutes de neige et le blizzard, qui transforment constamment le paysage en déplaçant la neige, suppriment toute visibilité et donne une impression de blancheur uniforme.

vendredi 20 avril 2007

La vie, l'univers et tout le reste

En direct de l’Arctique !

J’ai trouvé le sens de la vie!

Non en fait pas vraiment, du moins pas encore !

Mais maintenant que j’ai retenu toute votre attention, parlons un peu des questions vraiment importantes : ce que je ressens en skiant dans le Sud sauvage du Spitzberg et comment je supporte le constant fardeau de « Bozena » et « Lyyli », mes deux pulkas, sans oublier la question qui revient toujours : pourquoi je fais tout ça ?

Maintenant que nous avons repris notre marche vers le Sud, l’excitation de la découverte me porte à nouveau. Là, devant, quelque part, se trouve notre objectif : le cap solitaire de Sorkapp. Le point qui nous rapprochera le plus géographiquement de nos pays d’origine, mais aussi le lieu le plus isolé et sauvage de notre voyage.

Il nous faut encore au moins trois jours de ski pour atteindre ce point. Aujourd’hui, nous avons pénétré dans le territoire de Sorkapp, accueilli par des traces fraîches d’ours polaires, mais aussi une myriade de ruisseaux d’eaux fondues et le brouillard blanc dont nous avons maintenant bien l’habitude. Cette dernière frontière ne se laisse pas aisément franchir.

Chacun a sa méthode pour résister à la fatigue et tirer jour après jour sa pulka lourdement chargée. Pour moi, résister, c’est s’appliquer à apprécier chaque mouvement de mes skis qui passent inlassablement l’un devant l’autre.
Quand la fatigue s’installe, c’est parfois une épreuve d’avancer mais, si le mouvement du corps est en harmonie avec l’esprit qui l’anime, alors l’épreuve devient supportable.

Mais, me direz-vous, pourquoi se mettre dans une telle situation si c’est si pénible?

Honnêtement,je pense que ce que nous vivons nous permet d’échapper aux pièges et aux obligations de la vie en société.

Dans le grand désert blanc, ma vie habituellement si occupée se simplifie à l’extrême et ramène à trois choses : manger, dormir et skier, classées par ordre d’importance.
Le manque total de confort est un faible prix à payer pour pouvoir être en osmose avec la nature.

Quant aux risques qu’on prend quand on s’engage dans une expédition comme la nôtre : d’un certain point de vue ils sont élevés (par exemple, être attaqué par des ours polaires) mais bien faibles d’un autre côté (peu de chance de se faire écraser par ici).

Croyez-moi si vous voulez mais je suis plus préocupé du sort de ceux qui me sont chers que de ma propre personne, ici, dans le grand Sud du Spitzberg. Après tout, j’ai quatre amis et mon chien André qui me protègent !

Je pense bien à vous, vous envoie un peu de la magie de ce pays de glace et vous souhaite un excellent printemps (ou automne pour ceux qui ont la tête en bas).

Kim


PS : Je garde le meilleur pour la fin, la grande nouvelle du jour : nous avons enfin vu le Roi de l’Arctique.
Nous ne devons pas sentir très bon car il s’est contenté décrire un grand cercle autour de nous, en restant à une distance égale d’environ 1,5 km.

lundi 16 avril 2007

Le présent et l'infini

Voilà trois jours que nous sirotons avec plaisir le cocktail spécial que l’Arctique nous a concocté.
VBN : 1/3 de Vent, 1/3 de Blizzard et 1/3 de Neige fraîche.

Nous tirons inlassablement nos pulkas lourdement chargées (en kilos ?) autour du fjord Hornsund que nous contournons pour atteindre le cap Sud.

La tache est d’autant plus pénible que la couche de neige est profonde.

Notre caravane arctique, sous ses allures pachydermiques, progresse lentement mais sûrement. Mais quelle est la force qui nous pousse à poursuivre cette quête inutile à travers ce désert froid qu’est le Spitsberg ?



La curiosité est très certainement l’un des moteurs de notre équipe, curiosité de découvrir le paysage derrière le prochain col, de pouvoir contempler le massif de montagnes que nous découvrirons.
Chacun contemple le paysage à sa manière, le regard affûté par différentes disciplines scientifiques.

Kim, le géologue, remarque les structures rocheuses et en déduit l’histoire des montagnes.
Mats, le biologiste, repère les lieux de bivouac des perdrix des neiges, le seul oiseau à hiverner au Spitzberg.
Hella quant à elle s’intéresse aux formes des zastrugis, les structures de neige sculptées par le vent.
Ulli repère le mouvements des glaciers et anticipe les zones de crevasses.

Quant à moi, c’est la glace de mer qui me passionne, la banquise. Lorsqu’elle recouvre les fjords et les baies, quelques centimètres de banquise suffisent pour nous ouvrir de nouveaux espaces infinis et de fantastiques raccourcis.

Mais attention, la contemplation doit parfois s’effacer devant la concentration

En effet pour naviguer correctement dans l’environnement que nous parcourons il faut rester à l’affût des dangers potentiels: gelures, rencontre avec un ours, crevasses.

Lorsque la marche est pénible et la fatigue se fait sentir, la concentration sur l’instant présent est également un moyen de s’extraire de la dure réalité, d’oublier la neige qui fouette la visage, le vent qui gèle jusqu’aux os, afin de profiter de l’environnement unique que nous parcourons.

« L’infini est dans le fini de chaque instant ».

Inspiré par les textes de Sylvain Tesson qui, parcourant le désert de l’ Oustiourt au Kazakstan, par plus 45° Celsius, tente de s’échapper du fluide de la durée, je me concentre sur le temps présent pour m’extraire du continuum du temps et de l’espace.

« Dans l’univers de l’ici et maintenant règne le calme éternel
car le vent et le blizzard, privés de surface ne peuvent s’y déplacer ».

Lucas

vendredi 13 avril 2007

La nature dicte sa loi




Il y a deux jours, mercredi matin, nous avons quitté la station polonaise de Hornsund en pleurant d’un oeil et en riant de l’autre.

En pleurant parce ce que c’était triste de quitter à nouveau la civilisation, en riant parce que nous étions impatients dans le même temps de continuer notre périple.
La différence, c’est que maintenant notre route n’est plus aussi rectiligne qu’avant. Surtout du fait de l’état de la glace dans cette région à cette époque-ci de l’année.

Tout d’abord, nous avons décidé d’essayer de suivre la rive de Hornsund et de traverser la banquise plus à l’Est.


Donc nous avons traversé Hansbreen et longé un canyon étroit qui nous a mené à l’endroit où nous voulions traverser.
Au bout du canyon, nous avons dû tirer nos pulkas lourdement chargées en haut d’un mur de neige d’environ 10 mètres de haut. Après des efforts infructueux, nous avons décidé de tirer tous ensemble les pulkas une par une.



La banquise dans la baie mesurait environ 20cm d'épaisseur et avait la consistance de paquets de glace agglomérés entre eux. Nous avons entamé une discussion pour savoir s’il était prudent de traverser à cet endroit avec nos pulkas.

Le problème s’est résolu de lui-même pendant la nuit : au matin nous avons constaté que la glace s’était brisée et qu’on ne pouvait vraiment plus passer.



Svalbard nous a encore une fois donné la preuve qu’ici, seule la nature décide et pas l’homme. La nature ayant décidé que nous n’irions pas par ce chemin, il nous faut en trouver un autre.

Nous sommes donc retournés sur Hansbreen à nouveau, et avons prévu d’aller plus à l’Est sur les glaciers pour retrouver la route que nous pensions prendre pour remonter depuis le Cap Sud où nous avons un dépôt de nourriture.

Nous allons donc essayer de joindre le Cap Sud de cette façon.

Si la route est imprévisible, le temps l’est aussi. Aujourd’hui, nous n’avons pas bougé du camp car la température est remontée au-dessus de zéro et il a commencé à pleuvoir.

Malgré tous ces problèmes accumulés, je suis heureuse de me retrouver sur mes skis. Le retour au campement après deux jours de « civilisation » m’a donné l’impression de rentrer à la maison !

Hella

PS : Ulli invite tout le monde à sa fête d’anniversaire le 26 avril. Le lieu de la fête est à repérer sur le traceur de notre site. Les cadeaux sont les bienvenus seulement s’ils sont mangeables et digestibles !

Extrait du journal d'Hella à Hornsund



En attendant le prochain message des Frozen Five qui, espérons-le, vont bientôt sortir de la zone de tempête, je vous livre quelques notes envoyées récemment par Hella depuis leur dernière étape de Hornsund. Elles vont permettront de découvrir un peu du quotidien de notre club des cinq !

Je laisse la parole à Hella :

" Hornsund a été pour nous une étape de rêve! Nous avons eu accès à Internet, une chambre chauffée, un lit, une douche,...des plats cuisinés, le luxe quoi!

En effet, depuis notre départ de LYB il y a près de deux semaines, notre rythme a été assez intensif et nous sommes arrivés à Hornsund avec trois jours d'avance par rapport à nos prévisions, grâce aux conditions météo plutôt favorables.

Une cinquantaine de personnes étaient venues devant l'université UNIS nous dire au revoir et nous encourager.
Les deux premiers jours, nous avons emprunté "l'autoroute" utilisée par les scooters et nous avions l'impression d'être encore près de la civilisation. Le 3ème jour,nous avons pu enfin nous en éloigner et tracer notre propre route.

Au début, j'ai trouvé la charge de ma pulka difficile à tirer, bien qu'elle soit un peu moins lourde que celle des "garçons". Mais peu à peu je m'y suis habituée.
Nous avons eu ce passage de mauvais temps entre les fjords VanMijen et Van Keulen. Nous avions dressé notre campement dans la passe entre les deux fjords et avons décidé de ne pas bouger pour laisser passer le gros temps.



Après cet épisode, nous avons été d'émerveillement en émerveillement! Les paysages sont d'une beauté à vous couper le souffle. Pour ma part, j'ai trouvé ma place dans le groupe et j'apprécie chaque instant de notre périple.

Nous nous comprenons et nous sommes bien coordonnés.Je partage une tente avec Ulli et Mats et nous avons mis en place un fonctionnement de routine. Notre tente est vaste mais à trois dedans, il faut prévenir les deux autres quand on a besoin de se déplacer.Vu les températures que nous connaissons (souvent moins 30° la nuit) toute action doit être réfléchie, comme, par exemple, faire fondre la neige et faire bouillir l'eau obtenue.

En nous réveillant à 7h du matin, vu le temps que nous prennent tous les actes quotidiens, on est prêts à décoller que vers 10h30, idem le soir pour monter le campement et préparer à dîner.

Comme nous sommes trois dans ma tente, nous faisons la cuisine à tour de rôle, on a donc deux soirées sur trois de libres pour tenir son journal, se détendre,etc..et aussi deux matins sur trois où on prend son petit déjeuner dans son sac de couchage, ce qui est appréciable quand il fait moins 25° dehors!

Mon sac de couchage me tient bien au chaud la nuit. Il se couvre de glace comme les autres quand je dors, mais pendant le jour, il sèche au solail sur ma pulka.

A partir de Hornsund, les choses vont se corser : d'une part, l'étape sera plus longue (27 jours) et d'autre part, vu les mauvaises conditions de la glace, nous allons devoir chercher notre chemin jour après jour. Nous vous communiquerons des nouvelles de notre progression dès que nous pourrons.

Encore un mot sur notre chien André : il tire avec beaucoup de force et nous obéit bien. Il adore se faire caresser. C'est un compagnon fidèle et affectueux pour nous tous.



A bientôt pour la suite de nos aventures!

Hella.