jeudi 17 mai 2007

Réponses aux questions auxquelles tout le monde pense...sans oser les poser

L’été est arrivé ! Le T-shirt a remplacé la parka, la neige fond et aujourd’hui nous avons même rencontré les premières traces de végétation !

Je viens de passer un moment allongée sur un carré d’herbe au soleil, à côté du refuge d’Austbotnhytta, dans le Wijdfjorden, notre premier refuge depuis le début de l’expédition.

Comme c’est agréable de sentir la brise d’été. Pour la plupart d’entre vous, cette journée ressemblerait à une journée de fin d’hiver, mais pour moi, c’est l’été sous les tropiques !

A côté du refuge, coule un petit ruisseau de neige fondue, c’est le premier que nous rencontrons depuis notre départ il y a un mois et demi.

Le redoux rend aussi plus facile la partie la plus pénible et la plus triviale de notre équipée, je veux parler de la « grosse commission » pour utiliser un vocabulaire imagé.

Dans un contexte civilisé, il est plutôt inhabituel et inconvenant d’aborder ce genre de sujet, mais ici, c’est tout naturel. Après tout, il s’agit d’une fonction normale du corps humain et quand on vit proches les uns des autres 24 heures sur 24, on partage les affres et les problèmes de « l’expédition wc ».

Quand il fait chaud et doux comme aujourd’hui, tout va bien et l’opération est presque aussi simple qu’à la maison. On part en emportant sa pelle et les sacs de papier toilette : le propre et le sale (on brûle notre papier toilette au fur et à mesure de son utilisation), on cherche un endroit un peu tranquille à une distance du camp qui varie de …2 mètres à 50 mètres, en fonction de l’urgence et du besoin d’intimité requis.

Quand le temps est mauvais, ça devient un véritable challenge d’aller aux « toilettes »! Creuser un trou, ériger une protection contre le vent pour ne pas être recouvert de neige, tout est périlleux…et les sacs de papier toilette menacent de s’envoler !

Puisque je suis sur le sujet, j’en profite pour répondre à une question qui m’a été souvent posée vu que je suis la seule femme du groupe : comment je gère mes règles pendant l’expédition?
En fait, il n’y a pas de difficulté particulière, je fais comme à la maison, et mes “déchets” sont brûlés avec le reste du papier toilette.

Quant aux problèmes de sautes d’humeur, je crois que ça tient surtout aux douleurs qu’on peut ressentir et à mon avis, le meilleur remède c’est l’action et le mouvement : par exemple, tirer une pulka dans une forte montée, rien de tel pour oublier ses problèmes, je vous assure !

Tant que je suis sur ce sujet, j’en profite pour répondre à la question subsidiaire : comment survivre avec 4 garçons malodorants ?

Oui, c’est vrai ils ne sentent pas la rose, ils portent les mêmes vêtements depuis 47 jours, ils ne prennent pas de douche…mais moi non plus et franchement, ce n’est pas un problème !


Hella

mardi 15 mai 2007

De l’importance de la neige dans ma vie

Je l’affirme haut et fort : la neige est un élément de grâce et d’harmonie dans notre univers.

La neige nous environne, elle couvre le sol sous nos pieds, et bien souvent, elle nous recouvre aussi. En fait, elle fait partie de nous.
Nous sommes bien au pays de la Reine des Neiges.

Pourtant, je n’ai pas grandi dans un pays où la neige était omniprésente. Je ne sais pas où s’enracine ma fascination pour cet élément.

La neige n’est pas blanche! Elle brille dans le soleil dans des dégradés de vert, de bleu, de rouge, de vert et j’ai l’impression de skier dans des champs de fleurs à l’infini.

La neige réserve des surprises, elle se met dans tous ses états et c’est pourtant toujours la même neige.
Quand elle est dure et compacte comme le béton, même ma pulka Fiffi ne peut y inscrire sa trace.
Quand elle est fraîche et légère, mes skis traversent ses mille et un cristaux, chacun d’eux unique et singulier.

La neige est agréable à goûter quand on la reçoit sur son visage en skiant, mais moins amicale quand on en récupère dans ses sous-vêtements !

La neige parle! Si vous ne me croyez pas, faites un petit tas de neige, marchez dessus et écoutez.
J’aime écouter le crissement de la neige sous mes skis.
Quand je tire ma pulka, c’est à chaque fois une expérience nouvelle:
Si la neige est dure, je m’envole !
Si elle est lourde et épaisse, je m’épuise !

Voici un extrait d’un petit texte que j’ai écrit après avoir difficilement remonté la pente d’un glacier dans une neige fraîche et épaisse :
« Je voudrais ne pas écrire ce qui suit. Je m’agenouille sur mes skis, mon corps encore attaché à la pulka. Je ne saurais dire qui de mon corps ou de mon esprit est le plus anéanti. J’ai tiré mon fardeau si lourd, l’effort fait battre mon cœur à tout rompre, ma vision se brouille, mes jambes se mettent à trembler, je ne sais plus où j’en suis… ».


Après vous avoir fait partagé quelques-unes de mes impressions de chroniqueur des neiges, je voudrais remercier tous ceux qui nous encouragent et nous envoient des messages par téléphone satellite, un merci particulier à ceux qui m’ont souhaité mon anniversaire.

Je termine en vous posant quelques questions, répondez-nous par sms (iridium satellite 881631578544) :
Q’est-ce-qu’on construit avec de la neige ?
Quelle est la couleur qui règne à l’intérieur d’un igloo ?
Quelle est la taille de la Reine des Neiges ?

Pas facile, je sais !

Une mention particulière aux conducteurs de motoneige, Paul et Sigrid : sans vous le monde se serait arrêté de tourner…Merci !

Cheerio !

Ulli

samedi 12 mai 2007

Pourquoi ?



Certains jours, quand la pulka glisse lourdement dans la neige épaisse, quand le vent qui descend de la montagne fait vibrer la tente, je tourne et retourne la même question : pourquoi suis-je ici?
Mais aujourd’hui, cette question ne me trouble pas. Le soleil poursuit lentement sa courbe vers l’horizon et, juste avant de disparaître, commence à s’élever à nouveau .
Aujourd’hui, l’univers est baigné d’une douce et chaude lumière jaune et le ciel bleu est si pur qu’on a l’impression que les montagnes s’y découpent à l’infini.
Le bleu du ciel est clair et foncé à la fois, d’une couleur qu’on ne peut observer que dans une atmosphère pure et sèche.
Aujourd’hui, je sais pourquoi je suis venu ici.

Je suis souvent parti en expédition : marche, ski, canoë. Je connais la chanson de la pagaie qui murmure en plongeant dans l’eau sombre, paradis du castor et du brochet.
J’ai souvent franchi les mers et régulièrement, la même question me traversait l’esprit : pourquoi suis-je parti ?
Pourquoi quitter mon appartement confortable, l’eau courante, le frigidaire plein?

Pas facile de répondre à cette question mais aujourd’hui, je connais la réponse. Cette réponse je l’ai déjà trouvé dans mes voyages précédents et là, elle me frappe à nouveau, alors que nous progressons vers le Nord, baigné d’un côté par le soleil, étirant nos ombres sur la neige, de l’autre.
Je me sens complètement épanoui, comblé, satisfait. J’ai déjà éprouvé ce sentiment de plénitude et je ne l’échangerais contre aucun autre. Cette expédition valait bien la peine d’être entreprise puisqu’elle me permet d’atteindre cet état.

Chez moi aussi, à la maison, avec ceux que j’aime, je me sens épanoui. Je me sens épanoui en ville, en accord avec le rythme de la ville autour de moi. J’aime les villes, j’aime sortir en ville et la sentir vibrer en moi.
Mais il y a quelque chose de fondamentalement différent, et que je n’arrive à pas à transcrire en mots, entre ce que je peux ressentir de bonheur et d’épanouissement chez moi, et ce que je ressens ici, dans la nature vierge et sauvage.

Voilà sans doute pourquoi je continue à partir, à découvrir le monde: pour ressentir cette harmonie avec la nature environnante, sentir mon esprit plus proche des éléments, supprimer toute frontière et sentir ma vie dépendre complètement de l’environnement.

Il n’est pas besoin de partir loin pour éprouver ce que je décris. Cette sensation d’épanouissement total, on peut la trouver aussi dans la musique, dans l’art, dans le travail du bois.

Pour moi, aujourd’hui, c’est ici au Spitzberg, que je l’ai trouvé.

Aujourd’hui, c’est une belle journée. Une journée où je suis en harmonie avec moi-même et la nature.
Même pendant nos plus mauvaises journées, même lorsqu’une chape de nuages plombait le ciel au-dessus de nos têtes, il y toujours eu à un moment ou un autre un petit rayon de soleil pour percer la brume et dessiner une Gloire sur les montagnes autour de nous.

Je crois que c’est Ibsen, le dramaturge Norvégien, qui a dit : « Au sommet des montagnes, c’est là que se tient Dieu et dans les vallées, plus bas, habitent les hommes ».

Aujourd’hui je me sens en accord avec moi-même mais je n’y voie pas de sentiment religieux. Je ne me considère pas supérieur aux autres, héros mythique ou extraordinaire. Je suis moi, je vis ma vie tout simplement comme elle vient et en ce moment, je vis dans un environnement si beau qu’il me donne le sentiment d’être parfait, complet.
Les montagnes, la neige, les glaciers, le soleil et le ciel, tout paraît si proche et en même temps, si loin. Les mouvements de mon corps me font avancer lentement vers le Nord. Mais je ne suis pas venu ici pour skier, pour ces gestes automatiques qui me propulsent . Je suis venu ici pour connaître ce sentiment de complétude, pour le connaître loin de toute civilisation.

Au-dessus de nos têtes, le soleil, dans son trajet sans cesse recommencé, atteint son point le plus bas, et disparaît un temps derrière la montagne. Un air plus froid descend le long des pentes, depuis les glaciers tout proches. Il est temps de s’arrêter et de monter le campement.
J’interromps ma méditation pour retrouver notre routine quotidienne : monter les tentes, faire fondre la neige, cuisiner le repas et bientôt, se glisser dans son sac de couchage direction le monde des rêves.
Mais la sensation ne faiblit pas, ne s’atténue pas : je suis heureux corps et âme, en harmonie avec la nature et avec moi-même.

Mats

P.S. : cet article a été écrit il y a quelques jours déjà. Aujourd’hui, 9 mai, à mi-chemin de notre expédition, nous en sommes à notre trentième campement et deuxième jour de repos. Repos forcé à cause du mauvais temps qui sévit, mais aussi, du fait de l’arrivée d’une équipe spéciale depuis Longyearbyen, la «love-sickness-rescue-patrol» venue encourager le plus jeune et le plus âgé d’entre nous !
Il fait bon vivre ici et maintenant, il fait bon vivre encore. Reste la question de notre raison d’être sur terre tous ensemble : à cette question-là, il n’y a de réponse définitive.

N.B. de l'équipe blog : cet article nous est parvenu il y a trois jours.

mardi 8 mai 2007

Au Nord l'ombre s'éloigne

Nous vous proposons une traduction française du poème publié par Kim, consultable en version originale sur le blog Anglais.

Pas un son pas un bruit
Seule la neige gémit du crépuscule à l’aube.
Aube ou crépuscule?
Le soleil de minuit les recouvre de son ombre géante.

Plus de temps, plus d’horloge,
Les ténèbres reposent, ne les rappelez pas.
Mes rêves sont vides et parfois pleins,
L’Arctique m’appelle, dois-je lui répondre ?

Plus de nuit, les heures défilent claires,
Comment dormir dans cette lumière ?
Mes paupières closes, barrage fragile contre le jour,
Une journée de sommeil recharge mon âme.

Mon esprit libère mes pensées vagabondes.
Je pense au vent, je pense à la neige, aux tempêtes,
A la vie simple, à l’éternité.
Je rêve de fractures, de candeur,

Je rêve à l’avenir, à l’ombre et à l’aube,
A l’amour, à la paix, à la place de chacun,
A l’amertume, à la tendresse,
A la solitude et au bonheur.

Face au soleil, je glisse vers le Nord.
Mes muscles me portent et j’avance,
Le monde dort et moi, j’avance.
Les glaciers pleurent , l’hiver s’éloigne.

Les étoiles ont disparu, les cieux sont bleus,
Jour et nuit, d’un bleu étrange.
La neige scintille dans cette lumière de miracle
Et je médite sur le sens de la vie.

Tous les pourquoi ?, les comment ?
Les avec qui ?, et les qui sait ?
Le chemin de vie jamais ne s’arrête,
Mon esprit s’égare mais mon cœur connaît les réponses.

Je suis d’ici, c’est ma place modeste,
Sous le soleil de minuit qui m’enveloppe,
Me protège, je ne suis pas seul,
L’Arctique revit, l’ombre s’éloigne.

Kim

samedi 5 mai 2007

Un accueil chaleureux sur Vagabond!




Ces derniers jours, nous avons remonté la côte Est, longeant le glacier d’Inglefieldbreen, et mon cœur s’est mis à battre plus fort.

Pas besoin d’une carte ou du GPS, mes skis connaissaient le chemin, j’avais l’impression de revenir à la maison!

Nous n’étions qu’à quelques kilomètres de notre deuxième point de ravitaillement, un endroit particulièrement cher à mon cœur : le voilier polaire français Vagabond.

Nous avons contourné les dernières moraines et suivi le front du glacier, “la ligne bleue du bonheur » comme l’appelle Ulli.

Finalement, Vagabond nous est apparu : fièrement campé dans la petite baie abritée, haute mâture et coque rouge.

Vagabond : la seule présence humaine sur la côte Est, la plus sauvage du Spitzberg.

Eric et France, les skippers de Vagabond font partie de la nouvelle génération d’explorateurs arctiques!

Ces dernières années, ils ont accompli le tour de l’océan Arctique. Avec quelques amis, ils ont franchi le passage du Nord-Est (côte Sibérienne) et l’été qui a suivi, sont rentrés en franchissant le passage du Nord-Ouest (océan Arctique Canadien et Alaska).

Ils vous racontent leurs navigations comme si c’était des voyages d’agrément et de plaisir ! Mais la vérité, c’est qu’ils sont les premiers à avoir accomplis de tels exploits sur un voilier !


Vagabond hiverne cette année à Inglefieldbukta, et Eric et France proposent leur bateau comme camp de base et de soutien logistique à tous les scientifiques qui souhaitent explorer la région.

L’un des projets majeurs dans lequel Vagabond est impliqué concerne la recherche océanographique. L’objectif de ce programme est de comprendre la formation des « saumures » (voir IPEV) dans le Storfjorden tout proche, et leur impact sur l’ensemble de la circulation d’eau de mer dans les océans du globe.



Eric et France nous ont chaleureusement accueillis à bord. Nous avons passé une journée tranquille avec eux, entre repos et discussion à bâtons rompus. Nous avons même eu la chance de voir à nouveau un ours, venu en visiteur jusqu’au bateau (les ours sont nombreux dans cette zone).

Comment remercier Eric, France et leur petite Léonie pour leur accueil ?

C’est mon 4ème séjour sur Vagabond et à chaque fois, je m’enrichis à leur contact : nous parlons de la vie en Arctique et de leurs aventures, tout en appréciant l’environnement exceptionnel où nous nous trouvons.

Voilà pourquoi je suis si heureux d’être revenu une fois encore!

Cette petite baie où hiverne Vagabond dans les glaces, c’est un endroit unique pour moi, un peu comme ma maison !

C’est sans doute là, le sens de notre expédition : le Spitzberg a été notre maison pendant près d’un an (et l’est toujours pour certains d’entre nous), et ce que nous faisons, c’est juste une petite promenade dans le jardin!


Lucas

vendredi 4 mai 2007

les F5 sur Vagabond

Les Frozen five ont atteint le voilier polaire Vagabond!

Les dernières nouvelles sont en ligne dans le journal de bord de Vagabond

mercredi 2 mai 2007

Les couleurs du Spitzberg



Un mois déjà que nous sommes en route ! Notre départ de Longyearbyen me paraît bien loin et pourtant les jours défilent à toute allure.

Même si les tâches quotidiennes ne sont pas les mêmes qu’en terre civilisée, nous avons ici aussi une routine de tous les jours : faire fondre la neige pour tous les usages domestiques, monter et démonter le campement et bien sûr, notre activité principale : skier.
Les jours se suivent à l’identique mais au-delà de la routine, chaque jour a une couleur et une saveur particulière..

Je ne saurais compter les glaciers et les passes que nous avons traversé ce dernier mois, parcourant un paysage blanc et bleu apparemment infini.



Mais le blanc n’est jamais vraiment blanc. Il devient gris dans la brume épaisse, se nuance de bleu dans l’ombre et se pare de toutes les teintes de rouge, d’orange, de rose dans le soleil du soir, ou plutôt le soleil de minuit, puisque nous sommes passés en régime d’été.

Nous en avons profité pour revoir notre emploi du temps en fonction de l’été Arctique.

Puisque nous n’avons plus à tenir compte de la lumière du jour, nous avons changé notre rythme. Nous skions et avançons l’après-midi et la nuit, dans une très belle lumière solaire, et nous dormons le jour, nous alignant sur le soleil.

Quand le vent se calme, on n’entend aucun bruit dans le grand désert blanc et on a l’impression d’avancer dans une terre morte.


Tous les signes de vie sont alors les bienvenus, comme ce couple de rennes que nous avons croisé à Sorkapp. Ils sont venus tout près, inspecter ces étranges créatures qui pénétraient sur leur territoire.

Nous croisons aussi de plus en plus d’oiseaux.

Nous avons rencontré hier notre second ours polaire mais, comme le premier, il a eu plus peur de nous que nous de lui! Il s’enfuyait déjà alors que nous venions à peine de le repérer.

Visiblement, notre caravane de cinq skieurs, sept pulkas et un chien, rend méfiants la plupart des représentants du règne animal de Svalbard !

Nous remontons peu à peu la côte Est du Spitzberg vers le Nord, dessinant notre trace dans le grand désert de neige aux couleurs si vives, laissant retomber derrière nous le silence.
Hella